« Las
horas parecen siglos
« Los
días la eternidad
« Después
cuando estoy contigo
« El
tiempo volando se va »
N’avez-vous
jamais ressenti cette douloureuse sensation d’être soudainement tombé dans un
couloir du temps et de ne pouvoir vous en libérer ? N’avez-vous jamais
pensé être englué tel un moucheron sur les aiguilles d’une pendule dégoulinante
comme les montres molles daliesques ? Ne vous êtes-vous jamais senti
empêtré dans une inextricable situation où, comme le chantait Conchita
Bautista, malheureuse candidate espagnole au Concours Eurovision 1965
« les heures paraissent des siècles, les jours l’éternité » ?
Eh
bien, cela m’arriva une fois où j’avais été traîné par Marie-Bérangère
Mouillay-De Latouf, vous savez, la bourgeoise grand teint, invariablement
fagotée en bleu marine avec col Claudine et collier de perles assorties qui
m’avait pris en sympathie parce qu’il est de très bon ton d’avoir des pauvres
dans ses relations, dans un coquetaïle mondain, une de ces sauteries
interminables et positivement rebutantes où le Tout-Paris qui pense, rit et
s’enfile à couilles rabattues dans les recoins sombres périt d’ennui mais
passerait sous une rame de métro plutôt que de ne pas y figurer…
Le
buffet y était onéreux, opulent mais imbouffable, l’aréopage de pétasses
emperlouzées déguisées en sapins de Noël version Hermès et de vieux barbons à
col glacé et œil assorti en smoking élevé par leur trisaïeul inintéressant au
possible, et nous attendions avec l’impatience du cancre l’œil rivé sur la
pendule l’heure salvatrice où il serait mondainement correct, sans s’attirer
les foudres de l’hôtesse, de prendre congé et une tablette complète
d’Alka-Seltzer, assis heureusement confortablement dans un vieux Chesterfield
moelleux.
Marie-B
s’était scotchée à mon fauteuil, et ne semblait pouvoir s’en désolidariser
qu’avec l’aide d’un séisme de forte magnitude richterienne, tendance
dévastateur. Elle me débitait sans discontinuer des inepties sans
importance ; et je n’avais pas écouté un traître mot de cet interminable
soliloque mondain, me contentant de loin en loin de ponctuer cette logorrhée
d’une formule d’acquiescement poli, ou d’un « Tiens donc ! »
faussement étonné. Cela suffisait amplement puisque Marie-B n’aurait de toute
manière jamais permis que quiconque l’interrompisse dans ses bavardages
post-prandiaux.
Bavardages
qui basculaient immanquablement dans le futile le plus achevé ou un dérisoire
frisant l’intempérance la plus complète ; nous passions allègrement du
dernier ragot mondain sur une vieille princesse, aussi ménopausée que botoxée
de la racine des cheveux décolorés à l’eau oxygénée Gifrer dans un salon à
frisettes plaquées-or pour cuirs chevelus friqués et fripés, et cachant tant
bien que mal une moumoute guyluxienne, jusqu’aux faux ongles de pied posés par
la pédicure qui faisait courir toute la capitale, qui venait de réussir un coup
fumant et positivement inédit (en général, elle avait erré hagarde dans ses
appartements suite à une sauterie par trop arrosée et incidemment trouvé la
porte de la cuisine dans laquelle, folie immesurable, elle était entrée !)
à la dernière tendance vestimentaire qui, provenant de Marie-B, sentait en général
la naphtaline à haute dose, celle-ci, ayant après bien des hésitations
cornéliennes enfin abandonné le col Claudine amidonné et trouvant le « New
Look » de Dior à peine mettable car trop osé, avait encore des sueurs
nocturnes à l’idée de se produire en minijupe (je ne vous parle même pas de
l’estival monokini tropézien furieusement échancré aux endroits stratégiques et
des coquins strings panthère qui font rugir les grands fauves libidineux des
chambres de bonnes…).
Marie-B
s’extasiait pour le moment à plein régime sur les derniers soldes d’hiver, me
serinant pour la douzième fois l’extraordinaire péripétie qui l’avait amenée,
rue de Rivoli, à faire l’emplette pour le futur élu de son cœur, Pierre-Amaury
De Remémoizan Ungrancoût, du même monde, d’une splendide paire de mocassins
homme en véritable peau de fesse de veau sous la mère couleur havane mordoré,
une affaire impensable à douze cents euros.
J’imaginais
Pierre-Amaury se balader avec un SMIC à chaque pied, tandis que l’irrépressible
diarrhée verbale de Marie-B l’amenait à présent divaguer sur un amour de sac de
voyage, bien évidemment de marque, qui lui avait été soufflé chez une des
sommités de la maroquinerie parisienne par une chipie sans nom, mais très
vraisemblablement personnifiée par une arriviste nouvelle riche liftée à mort
(du genre à faire des prouts en clignant des paupières), blondasse surlaquée
dans le salon grand luxe des sœurs Carita, tendance « j’ai épousé un vieux
croûton pété de thunes qui sucre les fraises avant de très bientôt bouffer les
dents-de-lion par la racine et j’ai pleins pouvoirs sur sa Gold Premier »,
et accompagnée d’un yorkshire abominablement chétif, qui aboie continuellement
de manière plus horripilante qu’un radio-réveil taiwanais et qui profite que sa
maîtresse le porte pour lui pisser un bon demi-litre sur son tailleur couture
sur-mesure exclusif, issu de la prochaine collection de la dernière folle du
falbalas en vogue ; maîtresse qui le sermonne gentiment d’un « maman
est fâchée ; oh, le vilain chien-chien à sa maman ! » alors que
n’importe quelle mémère à clebs aurait déjà fait bouler ce réservoir à pisse
ambulant et poilu à l’autre bout du magasin dans l’auguste geste gracile du
discobole mélomane lançant avec toute l’énergie du désespoir auditif le dernier
33-tours de Guy Béart dans un stade olympique.
Je
lâchais un « tsst ! » lourd de sens, en priant intérieurement de
toutes mes forces pour que Marie-B ne s’attaque pas à ses exploits sportifs
estivaux ; puisqu’elle est la seule à faire du ski nautique par deux
mètres cinquante de profondeur et à dégommer tous les panneaux solaires
environnants en faisant du tir aux pigeons (pigeons qu’elle n’est d’ailleurs
pas prête à déguster rôtis dans son assiette et assortis aux petits pois qu’il
faut toujours avoir chez soi si c’est elle qui s’aventure à les flinguer…).
Survivez
ne serait-ce qu’une fois à ce genre de supplice et vous comprendrez que les
atermoiements de l’actualité du jour est de nature à laisser de glace…
Notre
Pétillant qui s’use le slip à force de baisser ses culottes devant le PS pour
lui donner des gages de gauchitude avant le vote de ses mesures d’économies à
l’Assemblée… Notre Fétide Cageot qui ressort du saloir pour claironner la
victoire des anti-mariage pour tous (alors que la Loi est votée depuis un an)…
Notre Redresseur Productif qui ne sait comment se dépatouiller du merdier
Alstom, ne voulant pas appeler les schleux à la rescousse contre les amerlocs
(c’est 39-45 à l’envers cette histoire…)… Cette douce sensation de pénétration
anale poussée que vous ressentirez en remplissant votre feuille d’impôt,
histoire de vous rappeler que la pression fiscale, c’est maintenant… Cette
humidité du string chez les eurofans qui célèbre le débuts des répétitions des
demi-finalistes du Concours Eurovision de la Chanson 2014…
Et
le 29 avril 1970, sort le film « Tristana », réalisé par Luis Buñuel
avec Catherine Deneuve, Franco Nero et Fernando Rey, et adapté librement du
roman du même nom de Benito Pérez Galdós. D’un mot, Tristana est une jeune
orpheline recueillie par Don Lope, aristocrate espagnol aux mœurs libertines.
Père adoptif et âgé de soixante ans, il devient toutefois son amant. Avec
Deneuve dans la distribution, il fallait bien qu’elle se tape tout le casting
masculin, non ? Après Belle de Jour, c'est la deuxième collaboration entre
Luis Buñuel et la jeune actrice Catherine Deneuve (eh oui, elle a été jeune, un
jour…). Comme quoi, pour Catherine Deneuve et Conchita Bautista, le temps passe
décidément très lentement…
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