« Tournez,
tournez, rotatives,
« Vendez
ça comme la lessive […]
« Le
tirage baisse à grande vitesse,
« Vite,
publiez une histoire de fesses […]
« Il
nous faut pour tenir le coup
« Des
histoires à dormir debout… »
Je
ne suis pas un admirateur béat et hystérique de Guy Béart et de ses récitals de
quatre heures trente minimum ; mais je dois reconnaître que son « Tournez
rotatives » est encore aujourd’hui d’une actualité au moins aussi brûlante
que les thermomètres français et les forêts athéniennes. Surtout dans la
version parodique qu’en donna Thierry Le Luron dans son spectacle au Théâtre Marigny
en 1979.
Comme
la lessive, on est en train de nous faire mousser, tels des dizaines de
milliers de caisses de bières pas toujours très fraîches… On nous beurre le
sillon interfessier avec des suppositions allégatoires qui n’auraient pas paru
crédibles dans un mauvais vaudeville d’Au Théâtre Ce Soir… On glose sur les
hésitations bêtasses d’un concon ministériel qui ferait passer Jeanfi pour un
Einstein survitaminé… On nous gave telles des oies malingres à quinze jours de
Noël de pastiches douteux, de caricatures grossières et d’à-peu-près tout aussi
navrants que l’intégrale de Gad Elmaleh…
On
échafaude des hypothèses interrogatives qui tiendraient autant que les tribunes
à Furiani devant la raison pure ; on se maroufle la spatule à crème
pâtissière tout en dégobillant des horreurs vexatoirement infâmantes sur Qui-Vous-Savez ;
on s’enivre des absurdités affabulationnistes des siphonnés de la cafetière qui
prennent les réseaux sociaux pour les derniers endroits où se love la vérité
vraie…
Et
pourtant, on ne sait rien ! Ou si peu ! Pour un peu, on se ferait
traiter de Gérard Collomb que ce ne serait que l’exacte transcription de notre
crasse inculturance flagrante sur l’affaire Benalla.
On
en a vu, des séries à rebondissements qui meublaient les moites journées d’été
où l’observation de deux moustiques se disputer une gamelle de flotte croupie
au fond du jardinet de chez Tante Marthe était le summum de l’excitation, des
interminables feuilletons multirediffusés qui vous barbiturent l’esprit encore
plus surement qu’un discours de Mélenchon, et des émissions soporifiques sur l’élevage
des barbouziers nains en basse Vallée de la Plouchtargue. Mais une saga comme « Benalla
et moi », jamais !
Au
début, je vous avoue que je suis resté assez frileux sur la chose. Une vidéo
quasi-virale d’un bougnoule casqué qui tabasse des manifestants, comme teaser
on a fait beaucoup mieux depuis les gros navions du 11 septembre…
Et
puis c’est comme en cuisine quand vous vous apercevez que le cari de piment aux
épices qui devait vous atomiser les hémorroïdes ressemble à une soupe de navet
à l’eau, on rajoute du piquant : le tabasseur est en fait un proche du
Président qui se passe les nerfs sur des passants, parce que la mère Macron,
faut se l’infuser. Entre ses bombonnes de botox, son sarcophage et ses
coquetiers à trois cents boules l’unité ; pas étonnant que son jupitérien
époux aille renifler l’herbe d’autres herbages !
Fatalement,
la surenchère médiatique fait qu’immédiatement, on se pique les infos, vérifiées
ou non, et on en rajoute une couche qui fera l’exclusivité comme ces pauvres 4L
à qui l’on rajoute une baguette chromée pour faire plus bourgeois et qui ne
font que plus ridicules. D’obscur lampiste, le Fils-de-Dieu est catapulté quasi-First
Lady bis avec des avantages aussi long que le bras de la statue de la Liberté,
débordant même sur des privautés de plus privées avec Manu…
Faut
dire qu’il a tout fait pour, le Manu ! Aller loger aux frais de la
Princesse un barbouze pas blanc bleu là où Mitterrand logeait sa deuxième femme…
Et se faire flasher avec lui quasi automatiquement qu’on croirait presque que c’est
le concours « Ma binette partout »…
Voyant
que la sauce prend magnifiquement (en ces périodes estivales, on balancerait
que Cyril Féraud est une femme que toutes les vioques à cheveux bleus le
croiraient), nos mass-merdias récurent comme des désespérés les fonds de poubelles
les plus scabreux pour tenter de maintenir le soufflé encore de belle facture
pendant quelques jours (alors qu’avec une petite pilule bleue, vous fendillez l’émail
du lavabo fingers in zen ose et gourdin in ze trou-de-balle) : et Benalla
avait les clés de la résidence secondaire des Macron (sous-entendu, il est
introduit partout), et il était Grand-Croix de la Légioin d’Honneur avec palmes
et fourragère, et on aurait même vu Trump venir le consulter…
D’accord,
comme le rappelait Beaugrand après la Gay-Pride, plus c’est gros et mieux ça
passe, mais faudrait voir à arrêter de pousser Mémé dans les bégonias, parce
que je suis contre les violences faites aux fleurs…
Et
puis y a le pas de trop, le chouïa qu’il fallait pas, la goutte qui fait
déborder la baignoire… A trop vouloir éteindre l’incendie en attisant les
braises, le Gouvernement joue les pompiers pyromanes (certainement parce que
Castaner ne se sent plus à la vue d’uniformes). Et on envoie en première ligne
le Sinistre de l’Intérieur refaire le grand numéro de « Je sais rien mais
je dirai tout » avec un air de benêt que n’aurait pas renié Jean Lefèbvre,
avec l’affirmation de la mort qui tue « Je ne connais pas Alexandre
Benalla ». ben faut te retourner de temps à autre, Gégé !
Comme
Manu est un lettré et qu’il sait que bis repetita placent, il envoie Castaner
au casse-pipe pour le double effet Kiss-Cool. Mais le rugbyman à carrure d’armoire
normande ne connait pas la demi-mesure et sort la kalachnikov pour liquider un
moucheron : Benalla l’omniprésent était avec les Bleus dans le bus, mais
il se chargeait des bagages… Question bagage, Totophe avait dû se prendre une
fameuse valouze avant pour pondre une pareille ânerie…
Et
heureusement, et vous pourrez le vérifier dans le pire navet de série Z rediffusé
sur un canal improbable, il arrive toujours le moment stratégique, où le Sage
prend la parole et annonce le dénouement de la crise, ce qui permet de se
mettre en roue libre jusqu’au mot fin.
Et
là, Manu a parlé. Il a dit. L’Evangile s’est écrite. Alors maintenant, ite
missa est, hein ! Retournez faire mumuse avec les pâtés de sable, les
seaux en plastique, les méduses et le string de votre cousine ; plaignez-vous
de la chaleur qui augmente, de vos revenus qui baissent, de la portion de
paella que ce voleur de vendeur à la sauvette vous a vendu au prix du litre de
Chanel n° 5 ; râlez sur ces connards de hollandais qui jouxtent votre
tente et qui foutent dès six heures du matin l’intégrale de Conny Vandenbos à pleins
tubes…
Mais
par pitié, ne nous bassinez plus avec l’Affaire Benalla ! D’ailleurs, il n’y
a pas d’affaire Benalla. Ce n’est pas une affaire d’état, tout au plus des
chicaneries politico-merdiatiques pour faire passer le temps estival. D’ailleurs,
personne au Gouvernement ne connaît Monsieur Benalla. Il n’y a jamais eu de
Monsieur Benalla, pas plus qu’il n’y a eu en France de Président jupitérien qui
préférait se faire casser le vase de Soissons plutôt que d’arroser sa vieille
crémière. D’ailleurs, il n’y a jamais eu de Président en France, et on en est
même à se demander s’il y a eu la France…
Et
pour continuer dans la vacuité la plus vide, saluons la naissance le 25 juillet
1974 de Laurent Kérusoré, l’immarcescible et gay Thomas Marci de la série « Plus
Belle La Vie », interminable soap aux rebondissements invraisemblables
dont les scenarii sont visiblement signés Macron-Castaner. D’ici à ce que
Benalla y fasse un caméo prochainement…

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire