Bref, j’ai eurovisionné…
Que chacun se rassure pour ma chancelante santé mentale et ma santé auditive tout aussi bringuebalante, j’en ai entendu d’autres, et des plus sévères ; pour preuve j’ai même survécu à deux chansons d’Aya Nakamura en intégralité, sans me pilonner les tympans au tisonnier chauffé à blanc dans un bain de mercure liquide…
Non, je déconne, c’était une seule chanson, en extrait de trente secondes, et le chirurgien ORL a eu toutes les peines du monde à récupérer mes tympans… Mais il a gagné en prime un très joli tisonnier recouvert de mercure…
J’ai eurovisionné, non pas avec des bandes VHS fripées d’antédiluviens Concours qui fleuraient bon le micro à fil, l’orchestre en live intégral et les chanteurs qui savaient chanter sans en faire des tonnes, et sans rivaliser d’esbroufe putassière, mais avec les chansonnettes de ce 70ème Concours Eurovision de la Chanson 2026, baisodrome paneuropéen qui permet, dans les coulisses, de faire un tour d’Europe de l’andouillette à moindres frais si ce n’est ceux d’une double boite de capotes renforcées et d’un bidon de cinq litres de vaseline surfine, et sur la scène de s’ébaubir de trente-cinq tours de force musicaux, alliant l’inécoutable avec le gnangnan parolistique, et frôlant toujours le bon goût en prenant évidemment garde de ne jamais y accéder, ne serait-ce que partiellement…
Si vous le permettez, je vous propose un rapide tour d’horizon des trente-cinq alcoolats qui se disputeront le droit de fouler la scène autrichienne le samedi seize mai prochain.
Etant précisé que je n’ai fait qu’une écoute principalement audio (à partir des vidéoclips, autant vous dire que pour certains, on se marrera en direct intégral, rien qu’à voir les prouesses en studio), aucune vidéo ou presque en interférence.
Etant également précisé qu’on retrouve cette année encore le syndrome France Gall, avec plusieurs titres qui s’inspirent plus ou moins fortement et ouvertement de la chanson autrichienne gagnante de 2025.
Allez c’est parti !
San-Marin : Ambiance 80’s pour un titre mille fois entendu, mélangeant un tempo disco tardif et dance, répétitif, sans véritable montée en puissance, mais plutôt agréable à l’écoute. Avec en prime, la participation plus que limitée de Boy George, largement dispensable.
Bulgarie : Un mix difficilement digestible entre dance, hip-hop et musique traditionnelle, pour un titre onomatopée répétitif et pénible sur la longueur. Bangaranga répété à l’infini ne suffit pas à construire une chanson potable…
Roumanie : Encore un truc qui se veut moderne et mélange allègrement les rythmes actuels avec une petite dose de lyrique, histoire de faire un clin d’œil au dernier Grand Prix en date. Au final, c’est bruyant, gueulard et lassant.
Géorgie : Répétitif, bruyant, sans originalité, avec un rythme qui est copié et recopié sur la majorité des chansons présentées. Ça gueule à l’envi sur des paroles qui tiennent sur un timbre poste.
Albanie : Une balade puissante vocalement, avec le renfort de chœurs opératiques qui saturent l’oreille. Pas désagréable, même si les chœurs surpassent souvent la voix de l’interprète, avec un final tout doux.
République Tchèque : La balade sirupeuse type, molle du genou et qui se complait dans les longueurs. La voix de l’interprète n’est pas désagréable, mais on baille plus souvent qu’à son tour même s’il gueule sans raison au final.
Croatie : L’habituelle balade croate, classieuse, aux harmonies vocales caressantes, et à l’ambiance médiévale rappelant Enya, entre autres. Auditivement caressant, mais peut-être pas assez rythmé pour impressionner durablement.
Arménie : Un rythme agressif qui ne faiblit pas mais qui en contrepartie, lasse rapidement avec cette façon de chanter en rap ou assimilé. Pas dénué d’une certaine originalité toutefois, même si le final vous fera frôler la tachycardie.
Italie : Un titre italo-dance comme les italiens savent trousser au kilomètre et qui vous replonge avec plaisir dans les années 80. C’est dansant, agréable à l’écoute, diablement efficace ; bref, ça peut finir dans les top 10 sans difficulté.
Lituanie : Un chanteur passé au minium pour un titre qui rappelle le Grand Prix 2025, entre prouesses vocales (guère impressionnantes ici) et rythme fatigué, qui ne prend pas son envol et qui finit en queue de poisson. Dommage.
Allemagne : Après le Feuer ouest-allemand de 1978 et le Fuego chypriote de 2018, voici le Fire teuton de 2026, une chanson passe-partout qu’on écoute d’une oreille distraite et qu’on oublie sans peine. Pas mal, mais sans originalité débordante pour se démarquer.
Suisse : Voix grave pour une chanson prénom au tempo inhabituel. Un peu de blues, un peu de soul, un univers bien à elle, rappelant celui d’Adele. Une proposition qui sort des sentiers battus et qui parviendra sans doute à se distinguer du reste.
Grèce : Ambiance électro pour un titre sans concession, plutôt original même si Akylas nous soûle en répétant à l’envi son « Ferto ». Un certain effort d’originalité qui mériterait d’accéder à la finale.
Malte : Le bellâtre de service qui ne manquera pas de faire mouiller les invertis, pour un titre étonnamment sobre et romantique de la part de Malte, le bon gros slow avec la montée rythmique nécessaire, sobrement interprété et qui laisse au final une bonne impression.
Moldavie : Un titre fourre-tout d’autopromotion qui rappelle l’Autriche 2012, ce qui n’est pas un compliment… On dirait une chanson de stade, c’est dire si ça ne vole pas haut… Probablement la pause-pipi de l’année.
Estonie : Les revenantes suisses de 2005 avec ce qu’elles savent faire de mieux, un bon rock féminin pêchu, intemporel et entraînant. Ça envoie du steak, c’est très sympa, même si c’est pas forcément très actuel.
Autriche : Un vague tempo disco, une voix grave assez magnétique, une ambiance club pas désagréable, même si c’est pas captivant de A à Z avec une construction assez alambiquée. Aucune chance de faire la passe de deux.
Azerbaïdjan : Dès les premières notes, on s’attend à la balade lacrymale qui déverse les décibels dans un dégueulis de tripes… Et on n’est pas déçus ! Pas captivant, lassant sur la durée.
Ukraine : Et encore une énième balade planante, qui va jouer à fond sur la vague européenne d’empathie… Sauf que là, c’est chiant puissance 10 avec les vocalises à péter le pyrex de la chanteuse. De toutes façons, ça se qualifiera, alors…
Monténégro : Enième manifestation du syndrome France Gall avec un puissant chœur qui vocalise sur un rythme heurté et rebutant et des dégueulis de tripes. Ah on aura notre comptant de trucs vaguement opéra cette année !
France : Typiquement ce qu’on attend de la France à l’Eurovision… Evidemment, on balance un peu de vocalises façon J.J., mais même si le début est mou du genou, c’est globalement sympa et ça se démarque du reste. Monroe sait assurément chanter, un peu trop fort parfois, et si elle se lâche en live, et ne loupe pas la note finale casse-gueule, on devrait ne pas avoir à rougir du résultat final.
Royaume-Uni : Une base mélodique à l’orgue Bontempi, vite escamotée pour un rythme fait à la presse hydraulique. Un petit goût eighties pas rebutant, même si c’est pas la chanson du siècle, loin s’en faut. La perfide Albion reviendrait-elle à des titres innovants ? A voir…
Israël : Toujours et encore la même recette rance pour ratisser large : texte pétri de bonnes intentions et optimiste, en anglais, français et hébreu, musique convenue et sans surprise… Titre prénom fade vocalisé par un clone vocal de Slimane… Aucune originalité, aucune prise de risque, du réchauffé puissance 10 à en carboniser la casserole. Mais comme c’est Israël, ça finira dans le top 5, c’est couru d’avance…
Serbie : Un titre barbant du début à la fin, avec un dégueulis de tripes central tout à fait dispensable. Ça écorche les oreilles pendant trois minutes et guère plus.
Australie : Une belle balade planante, certes déjà entendue, mais qui se muscle au fur et à mesure, et qui se laisse écouter sans trop de séquelles auditives, malgré les prouesses vocales de la dame.
Finlande : Un bon point pour vocaliser en finlandais. Un opéra-rock à la Vanessa-Mae efficace, entraînant, bien construit, actuel, vocalement irréprochable et au final ébouriffant. Si ça ne gagne pas, ça sera assurément très haut dans le classement !
Norvège : Un rock pêchu et efficace, qui fleure bon les années 70 et 80 et qui se démarque de la masse. Sans concession, entraînant, on est loin des habituelles norvégienneries mièvres et ça fait du bien aux esgourdes !
Belgique : Un truc qui veut faire actuel, pas foncièrement désagréable à l’oreille, mais qui rappelle trop de trucs pour véritablement séduire. Et c’est interminable et répétitif, hélas.
Chypre : Même si le titre me rappelle la marque de serviettes-éponge, rien qui me fasse transpirer… Le titre type qui fait suer tant c’est un maelström difficilement digestible de rythmes. Mille fois entendu, et sans originalité, donc.
Portugal : Des polyphonies corses sauce fado pour débuter un titre dépouillé, lent, ronronnant et gnagna. Ça peut peut-être séduire, même si ça n’est pas convaincant et si ça reste au final très vieillot. Le Portugal nous avait habitué à bien mieux.
Pologne : Et encore une gueularde à nichons pour un titre mal ficelé, décousu, pénible de bout en bout. Next !
Suède : Après une rafraîchissante parenthèse au sauna, la Suède retombe dans ses travers de la suédoiserie calibrée, sans saveur et en anglais. C’est décevant, pas convaincant, et en plus, la demoiselle ne chante pas toujours juste au début…
Danemark : Søren installe son univers dès la première note, et en version originale ! La voix est assurée, la chanson pas désagréable, la scénographie originale et ça monte bien en intensité. Ça peut plaire.
Lettonie : Une balade dépouillée, sans chichis, tout en douceur, qui vous berce agréablement. Pas très originale, mais qui peut se démarquer du reste, bruyant et survolté.
Luxembourg : Voix pas toujours très juste pour un titre mille fois entendu et pas rythmé pour deux sous. Si j’étais méchant, je dirais que ça sent la naphtaline à plein nez…
Au final, j’ai retenu dans mon top 10, sans faire de classement pour le moment, et donc, par ordre alphabétique : Albanie, Croatie, Danemark, Estonie, Finlande, Italie, Lettonie, Malte, Norvège, et Suisse.
Pourraient être repêchées : Australie, Royaume-Uni et San-Marin.
Mon vainqueur ? Ma tête sur le billot que je ne vous le donnerai pas… Tout au plus un top 3, dans l’ordre alphabétique : Finlande, Italie, Malte.
Globalement, le cru 2026 est une édition plutôt homogène, avec quelques bouses inécoutables, mais pas de titre qui se détache réellement, à part peut-être la Finlande. Pas mal de titres qui se ressemblent, qui copient plus ou moins heureusement le gagnant de l’année dernière et qui donnent une désagréable impression d’uniformité. Peu de titres réellement innovants ou décalés cette année.
La Finlande, gagnant autoproclamé des bookmakers n’a pas partie gagnée, loin de là, même si elle présente le titre le plus actuel et le moins gueulard. Quant à la France, on peut espérer un classement très honorable, si toutefois l’on ne flanque pas la chanson d’une scénographie absconse (on nous promet une mise en scène « théâtrale », ce qui nous fait d’ores et déjà redouter le pire), et si Monroe ne fait pas de faux pas, car la demoiselle a du talent.
Réponse le seize mai prochain, bien après minuit…
mardi 31 mars 2026
Brèves du 31 Mars 2026
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