mardi 23 décembre 2025

Brèves du 23 Décembre 2025

 Ah, chers amis, fidèles lecteurs, inconsciente et innocente audience avide de mes élucubrations chroniquières, comme j’aurais aimé vous interpréter une jolie berceuse pour vous accompagner suavement vers la belle nuit de Noël où toutes les grosses cloches sonnent (à moins que ce ne soient les grosses cochonnes…)… 

Seulement… Ce n’est évidemment pas l’envie qui m’en manque, malgré une énergie proche de l’amibe anémiée qui me donne furieusement une appétence plus qu’exacerbée de vacances… Mais le contexte hexagonal actuel et le moral moyen du français du même nom ne donnent pas forcément envie de faire la fête, de rigoler, de festoyer, d’entonner des refrains joyeux…

Certes, je sais que les fêtes de fin d’année s’annoncent à grands renforts de pubs spécialisées, de rediffusions télévisées douteuses et usées, ainsi que de téléfilms mièvres, mais aussi avec leur cortège de cadeaux, de repas en famille ou solitaires, d’indigestions, de doigts martyrisés par le couteau à huîtres, d’oncles bourrés comme un coing qui dansent la macarena à moitié à poil sur la table basse du salon avant de se casser la gueule comme des étrons frais sur une tante mijaurée en robe de bayadère jaune poussin qui n’en demandait pas tant, de cadeaux splendides coûtant une blinde et demie qui finiront dès le lendemain en achat immédiat sur ebay au dixième de leur prix, et de bougies senteur épices indiens-sardine marinée de Reykjavik qui filent le feu au sapin dès les amuse-bouche du réveillon…

Je sais bien qu’on a encore une fois décongelé Mariah Carey pour qu’elle nous braille à plein tube que tout ce qu’elle veut pour Nowel c’est vous (et que vous rêvez secrètement de la renvoyer illico presto dans son congélateur musical), et que vous attendez avec une anxiété non feinte les quatre-vingt-huit bêtisiers de fin d’année où l’on vous rediffusera encore et encore, jusqu’à la nausée intégrale, Denise Fabre qui se dévisse le dentier, Nancy Reagan qui se prend une gamelle, et Gainsbourg qui invite Whitney Houston à se faire rectifier le tuyau d’échappement…

Vous piaffiez d’impatience dans la tante… pardon, dans l’attente des sempiternels téléfilms de Noël, toujours aussi émétiques tant ils regorgent de bons sentiments frelatés, des éternelles rediffusions de la trilogie des Sissi et du guimauvesque Mayerling, et des films cuculapralinesques qu’on regarde les yeux mi-clos en comatant la bave aux lèvres et la boite de chocolats à la main, lové sous la couverture polaire alors que des flocons de neige s’accrochent aux carreaux…

Eh bien non ! Le ravissement de ces moments magiques, ce sentiment indéfinissable au moment de mettre le petit Jésus dans la crèche, au sens premier du terme, bien entendu, cette torpeur bienfaisante qui vous envahit en regardant la Messe de Minuit en mondovision depuis Saint Pierre de Rome, ça n’est pas pour tout de suite !

Tout d’abord parce que ce serait pêcher que de vous balancer tout ça dans la figure comme un gougnafier que je ne suis pas, enfin, que j’espère ne pas être, et ensuite parce que nous ne sommes que le 23 décembre…

Car vous le savez, encore que les dindasses croivent que vous le sachiez (dans la colle ou dans mes bottes, c’est selon les croivances), les emmerdements volent en escadrille… Eh bien, les convois funèbres aussi, hélas… Est-ce le changement de météo brutal ou la perspective de se fader un énième réveillon avec les sempiternelles conneries télévisées, mais nous enregistrons un net pic de cassage de pipes depuis trois jours…

Il y a peu, c’est Monique Tarbès qui passait l’arme à gauche, à 91 ans, après une carrière bien remplie à la télévision et sur les planches. On se souviendra d’elle dans l’immarcescible « Don d’Adèle » qui fit les beaux jours de l’émission télévisée « Au théâtre ce soir », mais aussi dans « 1 rue Sésame », où sa voix toute particulière laissa un souvenir indélébile aux enfants de l’époque, qui pleurent aujourd’hui un énième pan de leur enfance qui s’envole…

Adieu aussi à Mick Abrahams, 82 ans, co-fondateur du groupe Jethro Tull, qui connut le succès planétaire avec « Bourée », arrangement jazzy d’un morceau de Bach en 1969.

Au revoir à Chris Rea, décédé à 74 ans, interprète britannique qui connut de beaux succès en France dans les années 1980, notamment avec « Josephine », « On the beach » ou « The road to hell ». Espérons que sa route désormais ne l’y mènera pas…

Au revoir également à Georgette Lemaire, l’éternelle concurrente malheureuse de Mireille Mathieu, tout comme la brameuse d’Avignon révélée par le Jeu de la Chance, en 1965. Usant jusqu’à la corde le style réaliste de Piaf, Georgette Lemaire connaîtra plusieurs gros succès comme « Et si c’était vrai », « Vous étiez belle madame » ou « Des millions d’amoureux », mais ne saura pas se renouveler dans les années 70, faisant la une des périodiques à sensation, et restant dans l’inconscient collectif comme une sous-Mireille Mathieu en plus populaire… Gageons que la Môme saura l’accueillir comme une digne héritière…

Ça fait gai, hein, à deux jours de Noël…

Et là, je me permets de vous poser brutalement la question, puisque l’on se connaît suffisamment bien et que je sais au surplus que vous n’êtes plus de jeunes damoiseaux à peine déniaisés ni des rosières ayant coiffé Sainte-Catherine sans avoir vu le loup dans la bergerie :

Est-ce que vous la sentez ?

Non, mais je veux dire, est-ce que vous la sentez bien ? En êtes-vous tout entièrement pénétrés ? L’avez-vous laissé entrer totalement en vous et cheminer jusqu’aux replis les plus intimes de votre anatomie secrète afin d’y répandre en cataractes torrentielles la substantifique moelle de son suc ultime ?

Evidemment, j’en connais qui en sont déjà à s’essuyer avec des soupirs rauques de plaisir assouvi et de purée larguée dans les rideaux en ayant lu ces quelques lignes qui siéent plus à Régine Desforges qu’à Jean Cau ; mais quitte à les ébranler (encore une fois) dans leurs convictions profondes, mes propos sont tout ce qu’il y a de plus purs !

Purs à un point tel que je vous repose la question : est-ce que vous la sentez, la délicieuse odeur de Noël ?

Humez-vous la fragrance parfumée des sapins de Noël croulant sous les guirlandes et les boules multicolores qui emplissent les salons, des pains d’épices et des massepains qui , sur les tables richement garnies, n’attendent que le feu vert parental pour se faire avidement dévorer, des mets de choix qui vous rempliront la panse en faisant pétiller vos papilles d’un plaisir gustatif s’apparentant à l’orgasme alimentaire ?

Reniflez-vous la senteur particulière de ces jours de fête, où l’air semble plus léger malgré les emmerdements bêtement quotidiens et où l’on est presque contraints de faire risette à cette empaffée du service comptabilité qui pue de la gueule à en décoller la moquette murale dans la pièce d’à-côté, juste parce que c’est la trêve des confiseurs ?

A moins d’être un Morgan Bourc’his ou un Pierre Frolla capables de se filer, en combinaisons de néoprène moule-chouquettes, en apnée pour des périodes qui vont de quelques minutes à « punaise la vache c’est trop trop long ! », vous n’avez pu faire autrement que d’en prendre plein les poumons…

L’esprit de Noël est en train de nous tomber dessus, même si cette année encore, c’est un Père Noël avec un contexte international chargé et une situation hexagonale guère plus engageante qui viendra déposer les cadeaux dans les souliers… Mais qu’importe ! Foin des querelles intestines qui nous pourrissent le quotidien, fi des petits tracas journaliers qui nous mettent le ventre en capilotade et l’esprit en haut-fourneau sidérurgique !

Allez ! Pressez-vous prestement de vous hâter d’aller faire l’emplette des derniers présents à offrir à vos proches, des ultimes cadeaux qui feront bouillonner les récipiendaires et votre carte bleue… Les récipiendaires, d’un légitime bonheur de voir la perle rare trôner dans leurs souliers, et votre carte bleue, d’un échauffement cramoisi qui tend vers l’évaporation définitive et occasionnera une bien légitime tachycardie à votre banquier dès le 26 décembre…

Cadeau… ou pas cadeau ? Telle est la question cruciale… Cadeau ou pas cadeau à votre tante Marthe qui vous empeste la maison à chaque visite avec ses robes chasubles antédiluviennes qui schlinguent la naphtaline, à votre cousin Edmond qui finit fin bourré dès les prémices des agapes réveillonnesques et qui chantera immanquablement « La digue du cul »avec une justesse vocale qui ne messiérait pas à la discographie intégrale de Zaz, ou à votre nièce hystérique, collée 24/7 sur son téléphone portable à swiper sur des reels d’une vacuité interstellaire intégrale et qui hurle à la mort dès qu’on hausse les sourcils en signe de vague réprobation ?

Cadeaux pour toutes et tous, même si je sais que je ne suis pas un cadeau, et qu’il faut vivre d’espoir…

L’espoir fait vivre… Et l’espoir que je forme aujourd’hui, au moment de poser la plume du clavier pour quelques jours de repos, au terme d’une année mouvementée, c’est que le monde aille un peu moins mal, pendant quelque temps, que les hommes puissent vivre en bonne entente, que vous passiez de bonnes fêtes… et que je ne prenne pas trop de poids avec ces cochoncetés de chocolats !

Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs, Guy-Louis, Amélie Mauresmo, Ma’âme Jeanssen, Conchita Wurst, Josiane Saucisse, Pepita Sausage, ainsi que tout celles et ceux qui en feront la demande par papier timbré mauve moiré à douze euros soixante-quatorze la demi-page ; ainsi se terminent, en conclusion d’une année chargée en péripéties, en émotions et en cataclysmes d’actualité, ces chroniques en forme de brèves de presque pour l’année 2025.

J’espère que vous aurez pris autant de plaisir à les lire que j’en ai ressenti à les écrire… Le temps qui m’est imparti touchant à sa fin, Beaugrand touchant à sa nouille et Féraud touchant à la mienne, je vous souhaite tout bêtement de passer d’excellentes fêtes de fin d’année, remplies de bonheurs vrais, de joies simples et de moments complices en famille, en couple, ou comme il vous plaira !

Je vous embrasse chaleureusement en remerciement de votre attention et de vos commentaires, et vous retrouve tout bientôt pour de nouvelles aventures…

A vous Cognacq Jay, à vous les studios !



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